ATV Albert Einstein : Bienvenue à bord !

Cet article a été écrit initialement par Luca Parmitano, le premier astronaute de la promotion 2009 de l’ESA à monter à bord de la Station Spatiale Internationale. Il orbite au dessus de notre tête depuis le 29 Mai 2013. Article en anglais posté le lundi 17 juin sur le blog de sa mission Volare : ATV Albert Einstein: welcome aboard!

Première image vidéo du port d'amarrage. Crédits : ESA

Le point de vue de Luca sur l’arrivée de l’ATV-4.

Bienvenue à bord Albert Einstein ! Une fois de plus, le vaisseau de l’ESA, le fleuron de la flotte des cargos de la Station Spatiale Internationale, s’est comporté parfaitement bien, arrivant à la station sans encombres.

Nos ingénieurs européens, qui travaillent depuis de nombreuses années sur le projet ATV (Automated Transfert Vehicle, Véhicule de Transfert Automatisé), ont réussi à rendre simple l’extrêmement complexe : un vaisseau transportant plus de sept tonnes de matériel, gaz, eau et expériences est placé en orbite, voyage des millions de kilomètres et s’amarre de façon autonome avec une précision d’un centimètre !

Au cours des dernières heures de l’approche et de l’amarrage de l’ATV, j’étais responsable de la surveillance de tous les systèmes de bord avec mon collègue cosmonaute Alexander “Sacha” Misurkin. Pour mieux comprendre pourquoi cette tâche est nécessaire et les difficultés que cela peut engendrer, lisez mon article écrit précédemment sur le blog des Shenanigans09.

L’ATV-4 est maintenant ‘garé’ à l’arrière de la Station Spatiale Internationale où les amarrages ont lieu. Il est parfaitement stable et est alimenté en électricité par la Station pour conserver ses instruments en fonction. A l’intérieur, toutes les lumières sont encore éteintes.

L'ATV4, propulseurs allumés, s'approche de point de stationnement S3. Crédits : NASA

Lundi matin, Sasha et moi-même ouvrirons pour la première fois la trappe qui le relie à la Station et une longue configuration démarrera. Je serai le premier à entrer dans l’ATV-4, au départ avec des lunettes et un masque, pour éviter la possibilité d’entrer en contact avec de la poussière ou n’importe quel autre agent qui pourrait être dangereux. J’allumerai les lumières pour la première fois puis, avec l’aide d’Alexander, j’installerai un système de purification d’atmosphère. Une fois que nous aurons éliminé tout doute de contamination possible par la poussière ou d’autres substances nocives, nous commencerons à décharger le fret de l’ATV-4 dans la Station. Tous les membres d’équipage seront impliqués là-dedans, mais je serai en charge des opérations (le ainsi-nommé Loadmaster). Cela peut sembler être une tâche simple mais elle implique une chorégraphie très précise qui doit être suivie à la perfection car en cas d’urgence, l’ATV-4 doit être capable de se désamarrer à tout moment. Si ceci devait se produire, nous devons savoir où chaque chose se trouve. De plus, le déchargement doit être fait d’une certaine façon, pour conserver le centre de gravité stable de sorte que les calculs effectués par les spécialistes au sol demeurent correctes.

Une autre raison pour laquelle les opérations de déchargement sont compliquées c’est l’apesenteur. Bien que porter des marchandises lourdes ne requiert pas autant d’efforts que sur Terre, les installer présente des difficultés inattendues. Il est très facile de perdre la trace de ce qui a été déplacé et où cela a été mis puisque rien ne reste en place si ce n’est pas attaché. Tous les containers se ressemblent et on ne peut les distinguer que par un code il est donc facile de les confondre. Finalement, il est vrai qu’à bord de la Station Spatiale Internationale nous sommes en apesanteur mais comme je l’ai expliqué dans un précédent article, notre masse est toujours présente et lorsque nous y ajoutons la masse d’autres objets, parfois très grands, nos problèmes s’accentuent (Je n’ose pas imaginer ce qu’il se passerait si je perdais le contrôle…).

Nourriture astronaute. Crédits : ESA/Argotec

Mes collègues et moi-même nous nous sommes engagés à faire de notre mieux et nous sommes impatients de commencer le travail : à part les expériences, l’oxygène et l’eau, l’ATV-4 apporte également des vêtements personnels et de la nourriture, parmi laquelle l’art culinaire de la cuisine italienne sera bien sûr la cerise sur le gâteau. Il y a rien de mieux que la promesse d’un dîner italien que j’offrirai de mon stock personnel à tous mes collègues pour travailler rapidement et bien !

 

Article précédent : Le jour type ? Pas défini.

 

Le jour type ? Pas défini.

Ce que vous allez lire ci-dessous est une traduction en français aussi fidèle que possible de la note de blog écrite par Samantha Cristoforetti, l’un des six astronautes recrutés par l’Agence Spatiale Européenne en 2009. Leur groupe a été baptisé les Shenanigans. Vous pourrez lire la version originale de cet article en anglais sur le site de l’ESA ici : The typical day? Not defined.

Nous avons pris un peu de temps pendant notre simulation incendie pour célébrer la Towel Day (Journée de la serviette). Je porte un masque à oxygène avec une fourniture d'oxygène de 7 minutes. En cas de fuite d'ammoniac, nous porterions ce masque pour une première réponse et ensuite nous échangerions pour le masque que porte Butch - avec les cartouches roses au lieu des rouges. Vous faites l'échange les yeux fermés et vous purgez le volume intérieur avant de les ouvrir ! (Crédit : ESA/S. Cristoforetti)

A quoi ressemble le jour type d’un astronaute qui s’entraîne pour une mission spatiale ? C’est l’une des questions les plus courantes que l’on me pose. Est-ce que j’ai une réponse ? Pas vraiment.

Parlons de mon dernier voyage de formation au Centre Spatial Johnson à Houston en mai dernier : trois semaines, court mais intense ! Un démarrage facile le lundi matin avec une mise à jour concernant les procédures d’urgence, qui ont récemment subit d’importants changements depuis mes dernières simulations. Des nouveaux masques contre l’ammoniac par exemple : votre assurance-vie dans le cas où l’ISS serait contaminée par l’ammoniac des lignes de refroidissement externes. La série d’actions pour purger le masque, avant que vous n’ouvriez vos yeux dedans, est quelque chose que vous voulez être en mesure de faire pendant votre sommeil !

Dans la piscine avec Terry. Vous pouvez voir la "cuff checklist" sur notre bras gauche ! (Crédit : NASA)

L’après-midi, un cours de perfectionnement sur le Dynamic Skills Trainer, le simulateur de la station de travail robotique dans lequel nous nous exerçons à “piloter” le Canadarm 2. Et j’ai certainement besoin d’un rappel, car il s’est passé un an depuis ma dernière formation de robotique. Si vous avez un besoin urgent de revoir ce que vous devez faire lorsque vous avez un véhicule cargo inhabité qui maintient sa position à 10 mètres de la Station et quelques centres de contrôle qui retiennent leur souffle jusqu’à ce que vous le capturiez avec le bras robotique, c’est le cours à suivre. Après m’être rappelé la chorégraphie générale et parcouru les instructions de pré-capture standard, mon instructeur me donne une série de scénarios pour rafraîchir mes connaissances sur les contrôleurs de main robotique. Que ce soit les Dragons ou les HTVs, tous les véhicules des missions réelles ont été sympa et stables jusqu’à présent, mais les taux de rotation et de translation que nous pratiquons en entraînement peuvent vous faire transpirer !

Avance rapide au lendemain matin et je suis assise dans un cours de révisions sur les logiciels d’application embarqués, une série d’outils qui sont si essentiels à la vie quotidienne et au travail dans l’ISS qu’une révision est programmée au début de chaque voyage de formation à Houston. Vous ne vous souvenez plus exactement comment effectuer une recherche dans le système de gestion d’inventaire ? Vous avez besoin de revoir comment joindre une note pour l’équipe de contrôle au sol concernant une activité spécifique ? Vous voulez savoir quel container de nourriture devrait être ouvert après ou bien où trouver des nouvelles cartouches d’imprimante ? C’est le cours où poser toutes ces questions.

Dégustation de nourriture : Essai des plats du menu de l'ISS (Crédit : NASA)

Des opérations quotidiennes aux situations d’urgences graves : le cours suivant concerne le traitement des dysfonctionnements de votre combinaison d’EVA pendant une sortie dans l’espace. Toujours une super occasion de revoir les schémas du système de support de vie de la combinaison, ces cours sont destinés à vous familiariser avec la “cuff checklist” que les astronautes portent sur leur bras gauche. Que ce soit une défaillance du refroidissement ou de la ventilation, une perte de la communication ou un niveau de CO2 élevé dans la combinaison, on attend du membre d’équipage qu’il applique la procédure adéquate de la checklist pour faire face à n’importe quel événement imprévu.

Après un dernier scénario de panne, c’est l’heure d’une balade rapide dans le Food Lab pour un déjeuner spécial : Une dégustation de nourriture avec Butch et Terry ! Commençant par les boissons et continuant avec les produits alimentaires du menu de l’ISS nous goûtons rapidement une série de 60 plats, que nous notons sur une feuille d’évaluation. Si nous décidions d’ajouter des poches supplémentaires du menu de l’ISS dans nos containers de nourriture bonus, ces notes nous rappelleront lesquels de ces centaines de plats disponibles nous avons le mieux aimé. Bon à savoir ! Mais non, au cas où vous vous poseriez la question : l’approvisionnement alimentaire  normal n’est pas adapté à notre préférence. Ça serait sympa, mais un cauchemar logistique !

Essay du harnais sur le tapis roulant T2 (Crédit : ESA/S. Cristoforetti)

Quelque chose de facile pour démarrer l’après-midi : une introduction au monde du ravitaillement de l’équipage et un aperçu des documents qui nous aideront à être moins confus lorsque, la semaine prochaine, nous devrons commencer à faire des choix. Pour la première fois les prospectus peuvent être assommants : quels shorts sont les mieux, quels T-shirts ? On opte pour l’article US ou son équivalent russe ? Manches longues ou courtes ? moitié-moitié ? Chaussettes minces ou épaisses ? Quelque soit le choix que nous effectuons, nous devrons vivre avec pendant six mois, je suis donc infiniment reconnaissante pour la patience et l’expertise de l’équipe d’approvisionnement de l’équipage.

Fin de l’après-midi à la salle de gym, avance rapide à mercredi. C’est une journée EVA intensive. Nous commençons avec un cours sur la configuration des outils, la partie la moins glamour d’une sortie dans l’espace. Comment vous rassemblez tous les outils et les liens ? Comment vous inspectez soigneusement chacun d’eux avant de les emporter dehors et peut-être leur confier votre vie ? Courte pause puis en route vers une classe spéciale sur le mécanisme d’amarrage commun (Common Berthing Mechanism ou CBM), qui permet l’amarrage à la station des véhicules en visite comme le Dragon ou l’HTV. C’est un cours spécial car il est enseigné par l’équipe d’instructeurs de maintenance, mais nos instructeurs d’EVA y assistent : si le CBM se casse, devinez quoi… vous avez probablement besoin d’aller dehors pour le réparer !

Obtention de quelques conseils du vétéran de l'ISS Scott avant de commencer nos simulations d'opérations de routine. De telles simulations nous donnent l'opportunité de travailler sur les activités de routine de l'ISS, de l'échantillonnage de l'air au changement du container des déchets solides des toilettes. (Crédit : NASA)

Après le déjeuner, court trajet vers le Laboratoire de Flottaison Neutre (le Neutral Buoyancy Lab ou NBL) avec Terry pour une classe de préparation pour l’entraînement aux sorties extra-véhiculaires de vendredi. Nous appelons ces classes 1G. Ils nous donnent amplement l’occasion de manipuler le matériel réel avec lequel nous allons travailler dans l’eau, de même que les maquettes du NBL, qui ont des spécificités inévitables dues à l’environnement de la piscine.

Le dimensionnement du harnais du tapis roulant est le prochain sur l’emploi du temps de la journée. Je dois essayer différentes tailles pour être sûr que le harnais qui sera envoyé pour moi dans l’ISS sera correctement ajusté. Tout comme les sangles d’un bon sac à dos, la charge qui vous tire vers le bas sur le tapis roulant et qui vous permet de courir en apesanteur  nécessite d’être principalement sur vos hanches, plutôt que sur vos épaules. Essayer simplement de marcher pendant qu’on porte le harnais est une sensation toute particulière et l’une de ces choses qui va probablement mieux en orbite où vous n’avez pas votre propre poids. En tout cas, c’est ce que j’espère !

Entraînement dans la salle de gym d’à coté et avance rapide à jeudi pour une classe matinale sur l’outil Power Grip…

Derniers mots d'Allie avant que nous nous habillions pour réaliser la chronologie de l'EVA sous l'eau. Les équipes avaient été debout toute la nuit pour développer les procédures pour cette activité de maintenance, qui a été réalisée en orbite le jour suivant (Crédit : NASA)

Bien, arrêtons-nous ici. Je suis sûre que vous avez compris maintenant. Aucun jour ne ressemble au précédent ! Au cours des deux semaines suivantes j’ai eu la chance de participer à quelques simulations d’urgence avec Terry et Butch et un après-midi complet d’opération de routine au cours duquel nous avons été rejoint par Scott. J’ai rafraîchi mes compétences de médecin d’équipage et j’ai terminé mon cours sur le système de contrôle de mouvement de l’ISS. J’ai fait d’avantage d’entraînements robotiques et une simulation de quatre heures d’opérations de rendez-vous Dragon. En parlant du Dragon, je suis allée en Californie pour une journée d’entraînement dans les locaux de Space X. Et j’ai passé deux jours sous l’eau dans le NBL à m’exercer aux sorties spatiales. Pendant l’une de ces journées j’ai eu la chance incroyable de travailler sur le développement de procédures pour l’EVA d’urgence qui a été réalisée par Chris et Tom le lendemain, réparant la fuite d’ammoniaque qui avait mis en panne l’une des chaînes d’alimentation de l’ISS. C’était une expérience incroyable de voir toute la communauté EVA travailler jour et nuit pour permettre à deux astronautes de sortir dans l’espace moins de deux jours après la détection de l’anomalie.
Ai-je déjà dit que j’étais inspirée chaque jour par le dévouement et le talent des personne de la communauté de la Station Spatiale ? Je suis sûre que je l’ai fait, mais je ne me lasserai jamais de le répéter.

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Shenzhou-10: Trois astronautes de plus dans l’espace!

Article écrit pour “Parmi les étoiles”

Equipage Shenzhou10

Trois nouveaux astronautes chinois se sont envolés dans l’espace aujourd’hui à 11h38 CEST. Le vaisseau Shenzhou-10 et ses trois occupants ont atteint l’espace à bord d’une fusée Long March 2F/G qui a décollé du complexe de lancement LC43 du centre spatial Jiuquan dans le nord de la Chine. L’équipage est composé de deux hommes, Nie Haisheng, 49 ans et Zyang Xiaoguang, 47 ans ainsi que d’une femme, Wang Yaping, 33 ans et qui est la deuxième femme chinoise dans l’espace (L’astronaute Liu Yang l’a précédée l’année dernière à bord de Tiangong-1). C’est le deuxième vol pour Nie Haisheng qui a déjà participé à la mission Shenzhou-6 en 2005.

Le vaisseau Shenzhou-10 doit rester amarré pendant 12 jours au laboratoire spatial Tiangong-1 qui orbite autour de la Terre depuis son lancement le 29 Septembre 2011.Ce laboratoire est un prototype pour la future station spatiale chinoise qui devrait voir le jour aux environs de 2020. Il est utilisé pour acquérir de l’expérience sur les vols habités, les rendez-vous et les amarrages.

C’est le troisième voyage d’un vaisseau Shenzhou à destination de Tiangong-1 et le deuxième voyage habité. Au cours de la mission, l’équipage réalisera un amarrage automatique puis un amarrage manuel, comme cela avait déjà été le cas pour Shenzhou-9 en Juin 2012. Ils établiront également un lien vidéo avec des élèves chinois du primaire et du collège pendant lequel Wang Yaping donnera un cours de physique.

L’amarrage devrait avoir lieu le 13 Juin. Le retour sur Terre des trois astronautes est quant à lui prévu le 26 Juin.

En attendant les vidéos, voici des captures d’écran de la couverture télévisuelle par CCTV, la télévision nationale Chinoise

La fusée Long March 2F/G sur son pas de tir - 11 Juin 2013 (Crédit : CCTV)

La fusée Long March 2F/G sur son pas de tir - 11 Juin 2013 (Crédit : CCTV)

Décollage de la fusée Long March le 11 juin 2013 (Crédit : CCTV)

Décollage de la fusée Long March le 11 juin 2013 (Crédit : CCTV)

Vue sur les boosters par la caméra embarquée (Crédit : CCTV)

Vue sur les boosters par la caméra embarquée (Crédit : CCTV)

Séparation de la tour de sauvetage (Crédit : CCTV)

Séparation de la tour de sauvetage (Crédit : CCTV)

Séparation des boosters (qui constituent le 1er étage) et du 2ème étage (Crédit : CCTV)

Séparation des boosters (qui constituent le 1er étage) et du 2ème étage (Crédit : CCTV)

Vue de la cabine et de la Terre (Crédit : CCTV)

Vue de la cabine et de la Terre (Crédit : CCTV)

Moteur du 3ème étage (Crédit : CCTV)

Moteur du 3ème étage (Crédit : CCTV)

Séparation de Shenzhou-10 du dernier étage (Crédit : CCTV)

Séparation de Shenzhou-10 du dernier étage (Crédit : CCTV)

La Terre vue de Shenzhou-10 (Crédit : CCTV)

La Terre vue de Shenzhou-10 (Crédit : CCTV)

Panneaux solaires déployés (Crédit : CCTV)

Panneaux solaires déployés (Crédit : CCTV)

 

Liens supplémentaires :

La page spéciale de la mission Shenzhou-10 sur le site de CCTV en français avec la vidéo du lancement commentée en français.
La vidéo du lancement sur le site de CCTV commentée en anglais.

La vie à bord

Cet article a été écrit initialement par Luca Parmitano, le premier astronaute de la promotion 2009 de l’ESA à monter à bord de la Station Spatiale Internationale. Il orbite au dessus de notre tête depuis le 29 Mai 2013. A lire ici en anglais sur le blog de sa mission Volare : Life on board

Crédit : NASA/ESA

L’astronaute de l’ESA Luca Parmitano concernant ses premières semaines dans l’espace :

Mes dix premiers jours dans la Station Spatiale Internationale sont passés dans un tourbillon d’activités si intense que je trouve difficile de raccorder tout ce qui s’est passé avec ce que je me souviens dans ma mémoire.

L’adaptation à l’apesanteur peut être amusante mais c’est un challenge constant. Les lois normales de la physique que nous tenons pour acquis ne s’appliquent plus. J’ai constamment le sentiment d’être en retard : avec les opérations, avec les appels et même avec mon propre corps. Sans la gravité, chaque contact avec un objet génère un mouvement, de sorte qu’il est difficile, sinon impossible, de rester immobile. Une fois que vous commencez à bouger, il est très difficile de s’arrêter. J’ai appris ceci à mes dépends lorsque j’ai traversé le Node 1, le laboratoire Destiny et le Node 2 à pleine vitesse. J’ai fini par m’écraser dans le cône du Node 2. Heureusement plein de sacs mous et vides étaient stockés là.

Nous pouvons ancrer nos pieds, mais cela ne résout pas le problème. Notre corps a des capteurs qui nous indiquent inconsciemment la position de nos membres. Sur Terre, nos pieds s’alignent d’eux-même avec le sol et dans l’espace ils essayent inconsciemment de s’aligner au nouvel environnement provoquant des rotations non voulues. Donc, même mon inconscient doit apprendre à gérer l’apesanteur.

Les activités quotidiennes telles que se raser ou aller aux toilettes nécessitent un plan d’action mûrement réfléchi. Ici l’eau ne coule pas, il est donc impossible de nettoyer un rasoir de la manière habituelle. J’ai dû inventer une autre méthode pour nettoyer mon rasoir puisque le rasage est important pour moi. Maintenant je souffle sur le rasoir d’un coté et je récupère la crème à raser dans un mouchoir placé de l’autre coté.

Notre salle de bain est très différente de ce dont nous sommes habitués sur Terre. Les toilettes spatiales possèdent deux compartiments séparés, un pour les déchets solides conservés dans des récipients hermétiques puis chargés dans un vaisseau-cargo, et un autre pour les déchets liquides qui sont recyclés. Ils sont reliés à une ventouse qui crée un flux d’air pour diriger les déchets dans un container afin qu’ils ne s’égarent pas dans l’atmosphère (ce serait une véritable urgence).

Crédit : NASA/ESA

Le travail est également compliqué par l’absence d’objets ayant un poids. Comme il est possible d’attacher un objet sur n’importe quelle surface (avec du Velcro par exemple), il est très facile d’oublier où vous l’avez laissé. Imaginez que vous ouvriez un container plein pour y stocker quelque chose, aussitôt qu’il s’ouvre, son contenu aura tendance à gicler dans toutes les directions et je n’ai que deux mains pour tout attraper lorsque ça part à la dérive. C’est commun de trouver des objets flottants qui ont disparus pendant le travail dans des modules totalement différents. Un problème similaire se produit lorsque nous mangeons. Lorsque vous ouvrez un container il y a une grande chance que s’échappe une “bulle de sauce” qui se morcellera ensuite en une constellation de bulles flottantes. C’est pourquoi la Station Spatiale Internationale est le seul endroit où le “plafond” est plus sale que le “sol”. Nous gardons des mouvements très lents pour garder le contrôle à chaque instant, à la fois de notre corps et de notre environnement.

Crédit : NASA/ESA

Certaines choses s’adaptent automatiquement, le corps humain est réellement une machine étonnante qui sait s’adapter ! Par exemple, en seulement dix jours j’ai réalisé que mon cerveau ne fait plus de distinction entre le haut, le bas, la gauche ou la droite. Il s’oriente désormais en fonction du travail à faire. Lorsque je quitte le Node 3, où je fais des exercices physiques avec ma tête pointant vers la Terre et que je vais vers le Laboratoire Destiny où le distributeur de boisson est au dessus, Je tourne mon corps en me déplaçant à travers les modules, prêt pour mon rafraîchissement sans même remarquer la rotation. Ces mouvements sont exaltants, je ne me lasserai jamais de l’incroyable sentiment de liberté que je ressens.

Samedi prochain nous serons tous prêts pour l’arrivée de l’ATV Albert Einstein (J’ai écrit à ce sujet dans le blog des Shenanigans09). Je serai l’opérateur principal et je serai très occupé pendant toutes les activités. Plus de détails sur cela la prochaine fois.

 

Note précédente : Voyage vers la Station Spatiale Internationale
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J’ai capturé l’ISS et l’ATV-4 !

Une fois n’est pas coutume, je vais parler de moi.

En ce moment, l’ISS est visible toute la nuit. Pour l’apercevoir dans le ciel nocturne, quatre conditions doivent être réunies : qu’il n’y ait pas de nuages, qu’elle passe à portée de vue de votre lieu d’observation, que le soleil soit couché mais que l’ISS (ou plus exactement ses panneaux solaires) soit éclairée par celui-ci. Or ceci ne se produit que pendant quelques heures après le coucher du soleil et quelques heures avant son lever, lorsque l’ISS n’est pas encore passée dans l’ombre de la Terre. Mais en ce moment l’orbite de l’ISS suit plus ou moins la ligne de séparation jour-nuit de la Terre. Ce qui fait qu’elle est en permanence éclairée par les rayons solaires et on peut la voir toute la nuit. Les astronautes voient un coucher de soleil permanent.

Trajectoire de l'ISS dans l'après-midi du 6/06/2013 (Credit : iss.astroviewer.net)

 

Le ciel à Munich n’ayant pas été clément (c’est le moins que l’on puisse dire) depuis plus d’un mois, c’est avec grand plaisir que j’ai pu de nouveau observer le passage de la station à trois reprises dans la soirée d’hier. Un quatrième passage était visible à 3h du matin, mais je n’ai pas eu le courage d’attendre jusque là.

Lors du premier passage à 22h10, le soleil n’était couché que depuis environ une heure.

ISS, passage au dessus de Munich à 22h10 le 05 Juin 2013

 

Lors de son deuxième passage, à 23h46 (oui, quelques minutes avant le décollage d’Ariane 5 et l’ATV4, j’ai osé quitté mon ordinateur pour aller photographier l’ISS !), la nuit était déjà bien noire. Quoique cela soit tout relatif lorsqu’on habite à la périphérie d’une grande ville.

ISS, deuxième passage à 23h46 le 05 Juin 2013

 

Pour son troisième passage, à 1h23, je me suis fais avoir par l’humidité. J’avais laissé mon appareil à l’extérieur entre les deux passages et lorsque j’ai enlevé le capuchon de l’objectif, la buée est arrivée très vite. Mais finalement j’aime bien. Ca fait un style.

ISS, troisième passage à 1h23 le 06 Juin 2013

 

Mais le bouquet final, la chose que je ne voulais vraiment pas manquer hier soir, c’était le passage de l’ATV-4 Albert Einstein. J’avais eu l’occasion de voir son aîné, l’ATV-3 Edoardo Amaldi l’année dernière, mais je n’avais pas fait de photos. Hier soir, il n’était pas aussi brillant que la Station Spatiale et j’ai bien failli le manquer lors de son passage aux environs d’1h48 au dessus de l’Allemagne. Il en était à sa deuxième orbite depuis son lancement à 23h52 de Kourou (il s’était séparé de l’étage supérieur à 0h56 du coté de la Nouvelle Zélande). Certains ont même pu apercevoir l’étage supérieur qui le précédait de quelques degrés dans le ciel. J’ai beau scruter mes photos, je ne le vois pas. Sans doutes pas assez lumineux.

ATV-4 Albert Einstein, vu de Munich, à 1h48 le 6 Juin 2013

Je suis contente de mes prises de la soirée. Même si je regrette avoir eu besoin d’aller me coucher. Le dernier passage de l’ATV aux environs de 3h a semblé être brillant d’après certains observateurs. J’espère que le ciel va continuer à rester sans nuages pour encore quelques jours, au moins jusqu’à son amarrage à la station le 15 Juin.

 

Pour aller plus loin ….
 
Photos supplémentaires de l’ATV sur le blog de l’ESA
Super vidéo d’une caméra embarquée à bord d’Ariane 5 qui film tout le voyage du décollage jusqu’à la séparation de l’ATV. A voir !